chambre

aoriste

réversion

la siouva

albedo

accrétion

coriolis

cladonia

ellipses

traversée

still alive

meteors ascendances

virga

particules

erosion

sporophore

excretion

substrat

cidade

specimen

cosmogonie

radiographie

sablier

SOL

sillage

l'envers

concretion

empreinte

fodere

chondrite

vallen

white rabbit

canopée

zibens

c=1/√ρχ

białe

cîme

sŭma

nebbiu

amé
Continuum

Continuum exprime une continuité dans l'espace ou le temps. De cette vision du monde comme un ensemble d'éléments que l'on peut appréhender de façon continu, Cécile Beau et Nicolas Montgermont proposent un ensemble doeuvres qui mettent en jeu la perception de l'univers à partir des ondes qui le parcourent. De la perception de l'activité sismique à l'écoute des astres les plus lointains, du bruit de la Terre au rythme des étoiles, l'exposition rend perceptible ce qui dépasse l'échelle humaine. Elle s'articule autour de trois oeuvres conçues spécifiquement pour Rurart.

Sillage prend la forme d'un bassin rempli d'une eau d'un noir profond sur laquelle est projeté un quadrillage fin et régulier, repère topographique mettant en évidence la parfaite planéité du liquide. Régulièrement un grondement lointain, souterrain, vient troubler le silence. La vibration parcours le corps du visiteur. Sur le plan d'eau une onde se propage, déformant la grille lumineuse. Puis tout redevient paisible, jusqu'à la secousse suivante. A partir des signaux enregistrés par différents capteurs lors d'un tremblement de terre au Chili en 2008, les artistes ont reproduit les sons et les ondes telluriques du séisme. L'oeuvre s'apparente ainsi à une sculpture d'ondes sismiques. Un peu plus loin, sur un mur un caisson lumineux fait écho à Sillage : l'enregistrement du séisme chilien prend ici la forme d'une radiographie médicale, à la fois trace fixe de l'onde dynamique perçue par le visiteur et auscultation clinique des entrailles terrestres.Jeu de marabout, Radiographie c'est aussi le nom d'une autre oeuvre de ce Continuum, qui consiste en une antenne décamétrique destinée à capter les ondes radio émises par le Soleil ou Jupiter, les deux astres du système solaire les plus rayonnant. L'antenne agit comme un révélateur, elle rend perceptible à l'échelle humaine les ondes électromagnétiques qui circulent d'un bout à l'autre de l'univers, elle raccourcit les distances, faisant fi des centaines de millions de kilomètres qui séparent les planètes émettrices de la Terre. Par ce totem technologique, le son des corps célestes parvient jusqu'à nous, comme un fil d'infini à la beauté indéchiffrable, à la rayonnante poésie. Sur les murs de la salle d'exposition, un vidéoprojecteur rend visible le spectre sonore. Les différentes fréquences captées s'entrecroisent en autant de courbes et de pics. La lumière immatérielle de la projection fait écho à l'immatérialité des ondes enregistrées.Nouveau changement d'échelle avec Cosmogonie, oeuvre qui prend le pouls d'une galaxie. Au sol une matière noire, informe, fibreuse, composée de particules diverses, poussières disparates qui se répendent et s'amoncellent sur quelques mètres carrés. L'ensemble est animé d'un léger mouvement en son centre, à peine perceptible, sorte de vortex immobile qui entraine l'ensemble de la masse sombre, de ses limites extérieures vers son origine. La sculpture se meut imperceptiblement. Et pourtant elle tourne, serait-on tenté d'ajouter. Le matériau de l'oeuvre fait référence à la matière noire qui, en astrophysique, désigne une catégorie de matière théorique, hypothétique, inobservable, non détectée, qui composerait 80 pourcent de la masse des galaxies et conditionnerait leur vitesse de déplacement. Ainsi une substance invisible emplirait l'univers. Après avoir matérialisé les ondes, les artistes rendent visible la matière invisible par cette sculpture au sol qui multiplie les paradoxes, oeuvre à la fois formelle et informe, statique et dynamique, matérielle et insaisissable.

Une clé de la démarche artistique de Cécile Beau réside justement dans ce flirt avec les limites de la représentation. Les phénomènes naturels, orages, tremblements de terre, gel, les ondes, les signaux, l'activité spatiale ou souterraine constituent l'inspiration première du travail de l'artiste. De ces sources situées aux frontières sensibles et physiques du monde, Cécile Beau tire une oeuvre qui explore les limites des possibilités plastiques des matériaux, comme en témoignent ses pièces antérieures, où l'eau rend l'onde visible, où le son est distillé à la manière d'un fluide, où la glace forme une sculpture amenée à disparaître, où la lumière du néon se fait l'écho sonore et visuel de l'éclair d'un orage. La photographie n'échappe pas à cette recherche des limites plastiques. Le continuum parcourt un territoire qui se déploie de l'infra-terrestre à l'extra-galactique. Avec Nicolas Montgermont, Cécile Beau y poursuit son exploration des limites de la perception sensible pour construire une oeuvre qui exploite les limites de la représentation esthétique. En montrant l'invisible, les artistes se situent ainsi à la fois aux frontières du spectre sensible et du spectre artistique. Dans les deux cas ils explorent de nouveaux territoires.



Cécile Beau est lauréate 2011 du prix des Amis du Palais de Tokyo. Elle est diplômée des Beaux arts de Marseille et du Studio national du Fresnoy.Chercheur et artiste, enseignant à l'école nationale supérieure Louis Lumière, Nicolas Montgermont étudie les relations entre art, sciences et médium en utilisant l'ordinateur comme un atelier. Après une formation en traitement du signal, il étudie les sciences appliquées à la musique à l'IRCAM (institution dédiée à la recherche et la création musicale contemporaine), s'intéressant particulièrement au contrôle de la synthèse sonore et visuelle.

Arnaud Stines