chambre

aoriste

réversion

la siouva

albedo

accrétion

coriolis

cladonia

ellipses

traversée

still alive

meteors ascendances

virga

particules

erosion

sporophore

excretion

substrat

cidade

specimen

cosmogonie

radiographie

sablier

SOL

sillage

l'envers

concretion

empreinte

fodere

chondrite

vallen

white rabbit

canopée

zibens

c=1/√ρχ

białe

cîme

sŭma

nebbiu

amé
Un diorama au temps des Song du Nord [1]

Entamer un texte en évoquant les dernières avancées en matière de réalité virtuelle ou de réalité augmentée, c'est s'exposer à une obsolescence rapide de son propos. Pourtant, de Zeuxis à Avatar, l'illusion de réalité n'a cessée de faire l'objet de perfectionnements parallèlement aux avancées technologiques. Si la 3D est aussi vieille que la photographie avec l'invention des procédés stéréoscopiques qui exploitent déjà les propriétés de la vision binoculaire, les dispositifs de réalité virtuelle générés par ordinateur ont des sources plus anciennes encore sous la forme des dioramas qui fleurirent au XIXe siècle. Ces attractions fonctionnaient selon un point de vue central porté sur des scènes spectaculaires représentées en peinture de façon panoramique. Il faut certainement voir dans le diorama un des ancêtres du cinéma qui dès son origine avait caressé l'idée d'associer le son et l'image. Bref, concentrer en un même point le maximum de sensations.

Principalement sonore, le travail de Cécile Beau ne se départit pas de certaines qualités visuelles où planent l'ombre du diorama. Comme le spectateur de ces théâtres de peinture, celui qui veut expérimenter Biale doit franchir un couloir sombre avant de déboucher dans un espace vivement éclairé. Dans ce cube blanc moderniste quatre photographies panoramiques de paysage hivernal sont accrochées dans les angles. De prime abord le dispositif semble scopique, puisque tout est fait ici pour que le regard glisse sans rencontrer d'obstacles : les angles verticaux de la salle se dissolvent en courbes et la pâleur des images rend leurs marges à peine distinctes des murs, du plafond et du sol blancs. Cependant, de la même façon que le blizzard révèle les fragments d'un paysage intermittent au voyageur qui le traverse, des détails commencent à apparaître au fur et à mesure que la vision s'adapte à l'intensité lumineuse. Les images montent comme sous l'effet chimique du révélateur et le son qui émane des tirages photographiques modifie la perception des détails à leur surface.

Si le diorama est un dispositif immersif, il n'en demeure pas moins qu'il s'organise autour d'une perspective rigoureusement déterminée par un point de vue. La transition entre l'espace illusionniste de la peinture et l'espace réel du spectateur s'effectue ainsi au moyen de véritables objets qui se prolongent parfois en perspective peinte. Akmuo qui présente littéralement une portion rectangulaire d'un lit de rivière asséchée n'est pas sans évoquer ces objets hybrides. Mais ici, l'oeuvre dont émergent différentes textures sonores évoquant le trajet souterrain de l'eau se prolongerait plutôt sous la forme d'une perspective acoustique. La présence physique des objets serait alors déployée sur un plan auditif. Cette notion de point de vue se retrouve dans la pièce intitulée (c=1/√ρχ) qui offre de prime abord l'apparence d'une cité de science-fiction dans un paysage nocturne. Objets lumineux plongés dans l'obscurité, des instruments de chimie en verre sont emboités les uns dans les autres selon un principe de distillerie sonore. A l'entrée de l'installation, un haut parleur diffusant différents bruits en provenance de l'extérieur. Lorsqu'ils ressortent de ce parcours effectué à 340,29 m/s, un micro les capte afin de les amplifier. L'installation associe poétiquement la transparence du verre et l'invisibilité du son afin de réaliser une architecture qui s'écoute. Comme c'est souvent le cas chez Cécile Beau, le son redouble la vision qui parcourt la surface des objets qu'elle crée. Cependant, ici, la transparence du matériau rend sensible un déplacement intérieur. La cornue, l'alambic ou le serpentin sont autant de chambres d'écho qui produisent théoriquement une distorsion qui leur est singulière sur les sons qui les traversent. Cet intérieur d'une forme est ainsi rendue sensible par l'altération sonore qu'il produit.

Ce principe d'analogies est au coeur de Vallen : un quadrilatère noir légèrement incurvé qui accueille en son centre une flaque d'eau. La surface de celle-ci est agitée d'ondes concentriques quand un haut-parleur situé sous le liquide émet un bruit de goutte d'eau. Jusqu'à l'arrivée du numérique, les enregistrements s'effectuaient selon des systèmes analogiques basés sur des principes d'équivalence : soumise à une forte intensité sonore, une membrane imprimait un mouvement de plus grande amplitude à un stylet qui gravait à son tour un sillon plus profond sur l'étain des premiers rouleaux Edison. A n'en pas douter, Vallen retranscrit une forme à partir d'un son, puisque ce qui s'imprime sur la surface liquide est l'apparence d'une goutte invisible dont les contours sont intimement liés au son qui les produit.

Tout comme les peintres de diorama qui effectuaient des recherches pour rendre plus véridiques et saisissantes les scènes qu'ils représentaient, Cécile Beau associe document et une certaine forme de spectacle. Ainsi la collecte des sons est une phase proprement documentaire qui nécessite le déplacement de l'artiste sur des sites spécifiques et un choix dans les dispositifs techniques de captation[2]. Mais contrairement aux installations d'un Robert Smithson, les pièces de Cécile Beau ne renvoient pas à un lieu hors de l'espace d'exposition. Les enregistrements, recomposition d'un événement décomposé, sont minutieusement travaillés selon un mode expressif. A la manière de la peinture chinoise des X et XIe siècles qui visait à créer un univers complet dont la réalité soit parallèle à celle du monde extérieur, les pièces de Cécile Beau se constituent en microcosmes ou en macrocosmes selon qu'elles tiennent à distance ou englobent le spectateur. Et s'il fallait donner une image de ce travail, image paradoxale dont la matérialisation à l'esprit nécessiterait un certain temps, ce serait celle d'un diorama présentant sur toute sa surface circulaire un paysage lyrique de Fan Kuan[3].


[1]Les Song du Nord sont une dynastie chinoise qui régna de 960 à 1126.
[2]La bande son de Champs est un arrangement de bruits générés par des éoliennes, des conteurs électriques ou des turbines hydrauliques captés par un micro et un piedzo (micro contact).
[3] Fan Kuan, né vers le milieu du Xe siècle, il était encore en vie aux alentours de 1025. Il est le peintre du paysage envisagé tant comme expérience spirituelle que comme création plastique.

Aurélien Mole